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Rétrospective

On en a fait du chemin

Publié dans Châtelaine de novembre 2010 | © Les Éditions Rogers ltée

Cinquante ans. C’est le temps qu’il a fallu aux femmes d’ici pour prendre possession de leur vie. Cette révolution a été si tranquille qu’on l’oublie déjà. Celles qui ne l’ont pas vécue ne savent plus d’où leurs aînées sont parties et le chemin qu’elles ont dû défricher. Il est important de retracer cette histoire.

 

© SuperStock / Getty

La maternité s’est révélée un obstacle de taille. Des patrons futés avaient même découvert qu’ils pouvaient, sans encourir de blâme, mettre à pied une employée enceinte en invoquant la récession. À 30 ans, les femmes étaient considérées comme des employées à risque : celui de tomber enceintes. À tout coup, l’avancement leur échappait. Comment la future mère aurait-elle pu prouver qu’elle avait été écartée parce que jugée moins disponible? Celle qui parvenait malgré tout à grimper dans la hiérarchie marchait sur des œufs. On attendait d’elle qu’elle performe plus que son homologue masculin. En voyage d’affaires, elle passait pour l’épouse, la maîtresse ou la secrétaire de l’homme avec lequel elle se déplaçait. Rarement pour sa collègue et certes pas pour sa patronne.

 

À travail égal, salaire égal? En 1977, les femmes gagnaient 55 % du salaire masculin. Dix ans plus tard, le salaire moyen d’une femme était de 11 992 $, celui d’un homme de 21 593 $. Le chèque de paie d’une vendeuse représentait la moitié de celui d’un vendeur et celui d’un gardien de zoo était supérieur à celui d’une gardienne d’enfants. L’équité salariale sera au cœur de la croisade suivante. Et pour cause! L’accès à la vie active devait apporter aux femmes l’autonomie financière. L’ironie de la chose, c’est que, depuis qu’elles travaillaient, jamais leur situation n’avait été aussi précaire. Le gouvernement balayait le problème sous le tapis et le patronat jugeait prématurée l’instauration d’un programme de redressement des salaires. Aujourd’hui, malgré la Loi sur l’équité salariale de 1997, l’écart défavorise toujours la main-d’œuvre féminine. Les cadres ont peut-être arrondi leurs fins de mois, mais les ouvrières en arrachent dans tous les secteurs : manufacturier, hôtelier, alimentaire… L’égalité reste à conquérir.

La crise financière des années 1980 a frappé durement les femmes, championnes des emplois précaires. Dernières embauchées, elles étaient les premières mises à pied. L’automatisation des usines et l’informatisation des entreprises ont fait fondre les emplois dits féminins, les messageries vocales se substituant aux réceptionnistes, les guichets automatiques aux caissières et l’informatique aux secrétaires. Les femmes devaient-elles faire seules les frais du progrès technologique? On aurait pu s’attendre à les voir manifester haut et fort contre ces nouvelles injustices, comme leurs aînées, jadis. Il n’en fut rien. À croire que les luttes pour l’égalité laissaient indifférente la jeune génération. Après les formidables élans de solidarité des années 1970, qui avaient propulsé les femmes aux sommets, s’amorça l’ère de la réussite individuelle. Certaines en étaient même venues à penser que, pour gravir les échelons, il leur fallait jouer du coude et être one of the boys. Je n’ai pas entendu de protestations lorsque, au décès de sa collègue Jeanne Sauvé, première femme gouverneur général du Canada, l’ex-ministre Gérard Pelletier a dit : « Elle a prouvé qu’elle pouvait faire aussi bien qu’un homme. »

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2 commentaires à « 

On en a fait du chemin

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  1. 2

    lune 55 a dit :

    Je me souviens tres bien du temps ou le mari était ROI et maitre comme femme qui avait toujours gagner ma vie toute une surprise de se faire traiter comme une personne pas capable de rien faire en plus servir a toute les sauces au besoin de mons les repas a son gout que c était une frustations oui le monde a changer pas mieux les femmes en 2010 sont encore tres tres soumise dommage ca vas pas vite de se faire respecter ca prend bien temps avant que les femmes se revolte ca passe par la finace encore

  2. 1

    Helene Courchesne a dit :

    Quel merveilleux article que celui de Mme Lachance. On y retrouve l’historienne qui relate l’historique du combat des femmes au Québec, couplé au talent de la romancière qui nous raconte une histoire fabuleuse. Tout le numéro est en fait un véritable bijoux et pièce d’anthologie ! Merci à vous Mme Lachance et à tout l’équipe de Châtelaine !

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