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Rétrospective

On en a fait du chemin

Publié dans Châtelaine de novembre 2010 | © Les Éditions Rogers ltée

Cinquante ans. C’est le temps qu’il a fallu aux femmes d’ici pour prendre possession de leur vie. Cette révolution a été si tranquille qu’on l’oublie déjà. Celles qui ne l’ont pas vécue ne savent plus d’où leurs aînées sont parties et le chemin qu’elles ont dû défricher. Il est important de retracer cette histoire.

© Stephen Swintek / Getty

Ajoutée à la libéralisation des mœurs, la contraception a porté un rude coup à la famille traditionnelle. Un nouveau type d’alliance, l’union de fait, bientôt sanctionné par la loi, a concurrencé le mariage. De plus en plus de couples cohabitaient – à l’essai – quelques années, avant de se passer la bague au doigt. Champion de la revanche des berceaux, le Québec a vu son taux de fécondité fléchir tellement que le remplacement des générations n’était plus assuré. En 1950, les Québécoises mettaient au monde quatre enfants en moyenne, celles de 1980, même pas deux. L’enfant unique élevé selon l’évangile du docteur Spock, pédiatre et psychiatre américain, devenait la norme. Retour du balancier, il y a maintenant un mini baby-boom.

Autre bouleversement profond, la carrière a pris le dessus sur la maternité. Car faire rimer bébé et métier n’était pas une mince affaire. En 1973, pas moins de 7 mères d’enfants d’âge préscolaire sur 10 ne travaillaient pas à l’extérieur. On commençait à peine à voir des ventres ronds dans les couloirs des entreprises. Montrée du doigt à l’Assemblée nationale, la députée péquiste Denise Leblanc se faisait demander si elle comptait démissionner. Comme si la maternité était une maladie! Mais le vent a tourné et, dans les années 1980, Pauline Marois a mis au monde trois de ses quatre enfants alors qu’elle était ministre.

Encore fallait-il avoir les moyens de cumuler vie de mère et carrière, car les congés de maternité n’existaient pas. L’employée hésitait à annoncer la bonne nouvelle à son patron qui, « à son grand regret », lui demanderait de démissionner. Là aussi, les choses ont évolué lentement puisque, en 1993, la première cause de congédiement illégal était la grossesse. Cette année-là, 500 femmes enceintes ont porté plainte à la Commission des normes du Travail après avoir perdu leur emploi. Mais combien n’ont pas osé dénoncer leur supérieur, de peur de nuire à leurs chances de retrouver leur poste? Après avoir réclamé des congés payés, les mères sont redescendues dans la rue pour obtenir, cette fois, des services de garde sans lesquels elles ne pouvaient pas travailler et que les gouvernements leur promettaient à chaque élection. En 1977, 20 ans avant la création du réseau des Centres de la petite enfance (CPE), les 269 garderies accréditées accueillaient 11 000 enfants. Aujourd’hui, on compte 200 000 places et ce n’est toujours pas suffisant. D’autres sources de mécontentement commandaient des actions communes. D’abord, l’insécurité dans la ville. Une enquête démontrait que trois femmes sur quatre avaient peur de prendre le métro le soir ou de garer leur voiture dans les stationnements souterrains. Jamais les cours d’autodéfense n’avaient été aussi populaires, ni les sifflets! Moins menaçantes, mais fort dégradantes, les blagues sexistes pullulaient au travail. Flirt malvenu, tapes sur les fesses, allusions pornos… Jusque-là, les victimes n’osaient pas porter plainte. La consigne s’est répandue de bouche à oreille : tolérance zéro! Et l’on dénonça les séducteurs à la libido insatiable. Résultat : la peur d’être accusés de harcèlement a tempéré leurs ardeurs. Encore que les ouvrières au bas de l’échelle, souvent des immigrantes de fraîche date, n’ont toujours pas le choix de se laisser tripoter, sous peine de se retrouver au chômage.

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2 commentaires à « 

On en a fait du chemin

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  1. 2

    lune 55 a dit :

    Je me souviens tres bien du temps ou le mari était ROI et maitre comme femme qui avait toujours gagner ma vie toute une surprise de se faire traiter comme une personne pas capable de rien faire en plus servir a toute les sauces au besoin de mons les repas a son gout que c était une frustations oui le monde a changer pas mieux les femmes en 2010 sont encore tres tres soumise dommage ca vas pas vite de se faire respecter ca prend bien temps avant que les femmes se revolte ca passe par la finace encore

  2. 1

    Helene Courchesne a dit :

    Quel merveilleux article que celui de Mme Lachance. On y retrouve l’historienne qui relate l’historique du combat des femmes au Québec, couplé au talent de la romancière qui nous raconte une histoire fabuleuse. Tout le numéro est en fait un véritable bijoux et pièce d’anthologie ! Merci à vous Mme Lachance et à tout l’équipe de Châtelaine !

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