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Rétrospective

On en a fait du chemin

Publié dans Châtelaine de novembre 2010 | © Les Éditions Rogers ltée

Cinquante ans. C’est le temps qu’il a fallu aux femmes d’ici pour prendre possession de leur vie. Cette révolution a été si tranquille qu’on l’oublie déjà. Celles qui ne l’ont pas vécue ne savent plus d’où leurs aînées sont parties et le chemin qu’elles ont dû défricher. Il est important de retracer cette histoire.

Avoir le contrôle de notre fécondité, voilà peut-être la première grande victoire féministe. La contraception a indéniablement changé la vie de la flower generation, qui contestait haut et fort les valeurs traditionnelles. Désormais, la pilule permettait à chacune de faire l’amour sans risquer de tomber enceinte. Et pour les jeunes filles de la Révolution tranquille, les premières à apprivoiser la liberté sexuelle, enfanter hors mariage menait à l’ostracisme et avorter était passible de prison. La rue est devenue la voie royale de la mobilisation. En jean à pattes d’éléphant et chaussures plateformes, les cheveux jusqu’aux fesses, les manifestantes scandaient, une pancarte au bout du bras : « Nous aurons les enfants que nous voulons! » En 1971, les trois quarts des femmes interrogées par Châtelaine se prononçaient en faveur du droit à l’avortement. Pour en finir avec les allers-retours à New York que 20 000 d’entre elles s’imposaient chaque année, à défaut de pouvoir bénéficier de ce service dans les hôpitaux. Les moins fortunées se faisaient charcuter ou se brûlaient au Lysol.

Pendant que le premier ministre canadien Pierre Trudeau s’écriait, arrogant : « L’État est propriétaire des fœtus », Lise Payette lançait une pétition signée par 246 Québécoises qui se déclaraient « acoupables d’avortement ». La victoire finale ne devait venir qu’en 1988, alors que la Cour suprême décriminalisait les interruptions de grossesse.

© J.P. Moczulski / Presse canadienne

Le docteur Henry Morgentaler, entre-temps, aura fait de la prison pour avoir ouvert sa première clinique d’avortement à Montréal. Autant dire que j’ai avalé de travers, ce printemps, quand le gouvernement Harper a sournoisement remis en question le droit des femmes de disposer de leur corps. Et ce, avec la bénédiction de l’ultraconservateur cardinal Marc Ouellet, à qui il a fallu rappeler poliment que, contrairement à ses dires, une jeune fille de 15 ans qui se fait avorter après avoir été violée ne commet pas un crime.

 

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2 commentaires à « 

On en a fait du chemin

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  1. 2

    lune 55 a dit :

    Je me souviens tres bien du temps ou le mari était ROI et maitre comme femme qui avait toujours gagner ma vie toute une surprise de se faire traiter comme une personne pas capable de rien faire en plus servir a toute les sauces au besoin de mons les repas a son gout que c était une frustations oui le monde a changer pas mieux les femmes en 2010 sont encore tres tres soumise dommage ca vas pas vite de se faire respecter ca prend bien temps avant que les femmes se revolte ca passe par la finace encore

  2. 1

    Helene Courchesne a dit :

    Quel merveilleux article que celui de Mme Lachance. On y retrouve l’historienne qui relate l’historique du combat des femmes au Québec, couplé au talent de la romancière qui nous raconte une histoire fabuleuse. Tout le numéro est en fait un véritable bijoux et pièce d’anthologie ! Merci à vous Mme Lachance et à tout l’équipe de Châtelaine !

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