Recherche de recettes

Rétrospective

On en a fait du chemin

Publié dans Châtelaine de novembre 2010 | © Les Éditions Rogers ltée

Cinquante ans. C’est le temps qu’il a fallu aux femmes d’ici pour prendre possession de leur vie. Cette révolution a été si tranquille qu’on l’oublie déjà. Celles qui ne l’ont pas vécue ne savent plus d’où leurs aînées sont parties et le chemin qu’elles ont dû défricher. Il est important de retracer cette histoire.

Et la famille? Faut-il attribuer son éclatement au travail de la femme? Depuis une vingtaine d’années, plus de la moitié des mariages se soldent par un divorce. Moins dépendante financièrement de son conjoint, l’épouse refuse désormais de s’incruster dans un quotidien invivable. Elle se sent libre de rebâtir sa vie, seule ou avec quelqu’un d’autre. Au début des années 1990, alors que je dirigeais Châtelaine, nous avons sondé le cœur et les reins des femmes : 82 % d’entre elles nous ont dit que leur salut passait par la carrière, mais pas nécessairement par la vie à deux. Ce qui avait transformé leur existence? Bien avant la contraception, c’était la possibilité d’accéder à des métiers jusque-là réservés aux hommes. Et quand nous leur avons demandé ce qui avait le plus changé dans leurs relations amoureuses, elles ont répondu : la liberté de connaître plusieurs amours dans une vie.

Conséquence : 27 % des enfants de moins de 18 ans grandissent à un moment ou l’autre dans une famille monoparentale. Près de la moitié d’entre eux hériteront d’un beau-père ou d’une belle-mère et d’une famille reconstituée. Les professionnels commencent à peine à mesurer les répercussions du divorce sur les enfants. Certains pensent qu’un mariage boiteux serait moins nocif pour eux qu’un divorce réussi. D’autres croient au contraire que vivre dans un climat d’hostilité ponctué d’invectives, de portes qui claquent et de crises de larmes les brise tout autant. Quoi qu’il en soit, en 2000, des chercheurs de l’Université Laval ont demandé à de jeunes adultes quel avait été l’événement le plus stressant de leur vie. Les trois quarts ont répondu : « La séparation de mes parents. » S’ils ont trouvé difficile d’être ballottés d’une maison à l’autre, ils ont tout de même vu des avantages à avoir quatre parents, dont le fait de recevoir plus d’amour… et plus de cadeaux à Noël. Toutefois, contre tout bon sens, presque tous rêvent en secret de voir leurs parents reprendre la vie commune.

Le grand nombre de familles monoparentales découlant des ruptures figure parmi les tragédies de la fin du siècle dernier. Après la séparation, une partie du revenu familial s’envole, ce qui s’avère catastrophique pour les mères, qui, dans 83,2 % des cas, ont la garde des enfants. Malgré la loi, trop de pères récalcitrants « oublient » de payer la pension alimentaire. En 1995, la marche Du pain et des roses organisée par Françoise David, alors présidente de la Fédération des femmes du Québec, a fait descendre 15 000 manifestantes dans la rue pour dénoncer la pauvreté pathétique de ces mères soutiens de famille. Quinze ans après cette prise de conscience collective, le nombre de familles à parent unique qui tirent le diable par la queue a augmenté de 3 %, selon Statistique Canada.

« Page précédente
1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
Page suivante »

Laisser un commentaire

2 commentaires à « 

On en a fait du chemin

 »
  1. 2

    lune 55 a dit :

    Je me souviens tres bien du temps ou le mari était ROI et maitre comme femme qui avait toujours gagner ma vie toute une surprise de se faire traiter comme une personne pas capable de rien faire en plus servir a toute les sauces au besoin de mons les repas a son gout que c était une frustations oui le monde a changer pas mieux les femmes en 2010 sont encore tres tres soumise dommage ca vas pas vite de se faire respecter ca prend bien temps avant que les femmes se revolte ca passe par la finace encore

  2. 1

    Helene Courchesne a dit :

    Quel merveilleux article que celui de Mme Lachance. On y retrouve l’historienne qui relate l’historique du combat des femmes au Québec, couplé au talent de la romancière qui nous raconte une histoire fabuleuse. Tout le numéro est en fait un véritable bijoux et pièce d’anthologie ! Merci à vous Mme Lachance et à tout l’équipe de Châtelaine !

  • DE NOS COMMANDITAIRES
     
    Section publicitaire spécialement consacrée à celles qui bâtissent le Québec économique d’aujourd’hui et de demain.
  • RESTEZ À L'AFFÛT !
    Abonnez-vous gratuitement à nos cyberbulletins, devenez fan de Châtelaine sur Facebook ou suivez-nous sur Twitter !

    Cyberbulletins Facebook Twitter

© 2010