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Rétrospective

On en a fait du chemin

Publié dans Châtelaine de novembre 2010 | © Les Éditions Rogers ltée

Cinquante ans. C’est le temps qu’il a fallu aux femmes d’ici pour prendre possession de leur vie. Cette révolution a été si tranquille qu’on l’oublie déjà. Celles qui ne l’ont pas vécue ne savent plus d’où leurs aînées sont parties et le chemin qu’elles ont dû défricher. Il est important de retracer cette histoire.

 

© Bettmann / Corbis

Bien honnêtement, je n’ai rien vu venir. La conversation roulait depuis un moment déjà, empreinte de nostalgie. Des amies et moi échangions à propos des 50 ans de Châtelaine, le magazine phare qui a accompagné les femmes dans leurs victoires remportées à l’arraché au cours de ce demi-siècle. J’évoquais le dernier tour de piste de la « reine du foyer ». J’en parlais avec aise, puisque je l’ai connue, cette ménagère dont la vie se déroulait entre la cuisine et la chambre à coucher et qui, aujourd’hui, paraît à des années-lumière de ses filles. Issue de ce monde à cheval entre deux époques, j’ai été, moi aussi, portée par les grands vents de la liberté. Comme tant d’autres, je refusais de chausser les souliers de ma mère, sans pour autant être prête à tout jeter par-dessus bord. Mes amies et moi réclamions le droit de vivre comme bon nous semblait, sans dépendre de nos pères ni de nos maris. Oui, nous voulions des enfants, mais une carrière aussi.

Assise en face de moi, une quadra en tailleur marine, cheveux coupés au carré, mère de deux bambins, m’écoutait, silencieuse, lorsque, tout à coup, elle m’a apostrophée : « Votre libération féminine, si vous saviez ce que j’en pense! Vous avez engendré une génération d’esclaves instruites. »

Le ton était amer, presque rancunier. Je suis restée sans voix. Avions-nous fait toutes ces croisades pour essuyer pareil reproche de la part de celles-là mêmes qui en bénéficiaient aujourd’hui?

Alors, je lui ai parlé de ma mère, Gabrielle. De sa vie au service de son mari, dont elle portait le nom, comme c’était la coutume. C’est lui qui lui donnait l’argent pour l’épicerie. La maison lui appartenait, la voiture aussi. Même son compte en banque, elle le lui devait car, pour qu’elle puisse l’obtenir, il avait dû se porter garant. Gabrielle, elle, bichonnait ses petits diables, lavait, repassait, rangeait les traîneries en écoutant Aznavour à la radio. Avait-elle seulement le choix ? Quatre-vingt-cinq pour cent des hommes refusaient alors que leur tendre moitié s’épanouisse à l’extérieur du foyer. M’est revenu à la mémoire le titre d’une pièce du Théâtre des cuisines emprunté à un monologue d’Yvon Deschamps : Môman travaille pas, a trop d’ouvrage! C’était cela, une vie d’esclave!

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2 commentaires à « 

On en a fait du chemin

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  1. 2

    lune 55 a dit :

    Je me souviens tres bien du temps ou le mari était ROI et maitre comme femme qui avait toujours gagner ma vie toute une surprise de se faire traiter comme une personne pas capable de rien faire en plus servir a toute les sauces au besoin de mons les repas a son gout que c était une frustations oui le monde a changer pas mieux les femmes en 2010 sont encore tres tres soumise dommage ca vas pas vite de se faire respecter ca prend bien temps avant que les femmes se revolte ca passe par la finace encore

  2. 1

    Helene Courchesne a dit :

    Quel merveilleux article que celui de Mme Lachance. On y retrouve l’historienne qui relate l’historique du combat des femmes au Québec, couplé au talent de la romancière qui nous raconte une histoire fabuleuse. Tout le numéro est en fait un véritable bijoux et pièce d’anthologie ! Merci à vous Mme Lachance et à tout l’équipe de Châtelaine !

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