La génération de tous les possibles
Les Québécoises qui ont vu naître Châtelaine ont légué un bel héritage à leurs filles. Qu’en font les heureuses bénéficiaires? Des femmes de 20 à 35 ans répondent.

© ZenShui Eric Audras / Getty
Ma sœur chérie et moi menons des existences bien différentes. Dans sa maison de campagne, Marianne élève deux gamins tout en exerçant une profession respectueuse de la vie de famille. Dans mon condo de ville, je pioche sur mon portable en rêvant d’horizons lointains. Elle a vue sur le lac, moi, sur le macadam ; elle sort au parc, moi, au théâtre. Je suis son pusher de cartes postales. Elle me fournit en hallucinants portraits d’enfants.
En grandissant, pourtant, nous étions liées comme le beurre et le sucre dans un gâteau. Comment en sommes-nous venues à emprunter des chemins si divergents? « Je ne sais pas, me répond Marianne. Nous avons eu des expériences différentes, je suppose. Une fille a tellement de possibilités, de nos jours… »
Ma sœurette a visé en plein dans le mille. Elle et moi appartenons à la génération de tous les possibles.
Les jeunes Québécoises – environ 800 000 d’entre elles soufflent entre 20 et 35 chandelles cette année – jouissent d’une liberté de choix inédite dans l’histoire. Enfants de la première génération à avoir maîtrisé sa fécondité, ces fifilles adorées ont grandi dans une société relativement égalitaire. Elles ont fait des études plus longues que jamais pour arriver fin prêtes sur le marché du travail à l’heure où les baby-boomers partent à la retraite. Cette conjoncture favorable leur permet d’envisager toutes les avenues. Elles peuvent devenir infirmières ou camionneuses, s’établir à Saint-Zotique ou à Tombouctou, embrasser un homme ou une femme, se marier ou s’accoter, faire un premier enfant à 24 ou à 42 ans, ou adopter un chat.
Cette merveilleuse latitude a un prix, bien sûr. « Plus on a donné de droits aux femmes, plus on leur a mis de poids sur les épaules », formule avec clairvoyance Caroline Boudoux, 32 ans, chercheuse en physique. « Elles doivent être belles et intelligentes, avoir de la conversation et tenir dans leurs bras à la fois un portable et un bébé! »
Féminine jusqu’au bout des manches bouffantes de sa robe bleu ciel, cette docteure en physique (et danseuse de salsa) dirige le Laboratoire d’optique diagnostique et d’imagerie à l’École polytechnique de Montréal, où elle développe des techniques permettant d’examiner l’intérieur du corps sans biopsie. Elle a réalisé son rêve de petite fille, étudier à Harvard, et elle apprécie son existence. « Parfois, je trouve que ma vie va trop vite, admet-elle pourtant. Je découvre dans mon frigo un litre de lait périmé, ou je me rends compte qu’une de mes plantes est morte de soif. Je me dis alors que je ne suis pas une “bonne” femme. »
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Cinquante ans de remue-ménage | Les Québécois ne veulent plus draguer... et encore moins séduire a dit :
Écrit le octobre 14, 2010 à 08:12[...] dossier à comparer avec un autre article de Châtelaine, celui-là tout récent, «La génération de tous les possibles». Les Québécoises âgées de 20 à 35 ans bénéficient aujourd’hui de perspectives de [...]