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Flash-back : Des années de ferveur

Publié dans Châtelaine de novembre 2010 | © Les Éditions Rogers ltée

Francine Montpetit a été rédactrice en chef de Châtelaine de 1973 à 1985, année où elle a été reçue chevalière de l’Ordre national du Québec. Elle nous raconte son arrivée au magazine en novembre 1973.

Je suis une convertie. Dix années de presse écrite, de radio et de télévision comme journaliste n’avaient pas fait de moi une adepte éclairée de la cause des femmes quand on m’a demandé de prendre la succession de Fernande Saint-Martin comme rédactrice en chef de Châtelaine. Tout juste rentrée de France où je vivais depuis deux ans, encore imprégnée de ses valeurs, de sa culture et… de son accent, je faisais figure, auprès de l’équipe de rédaction qui attendait la « nouvelle », d’une quasi-inconnue plutôt débranchée de la réalité féminine québécoise. Le matin de mon arrivée, un certain lundi de novembre 1973, j’étais loin de soupçonner combien je serais vite emportée par cette ferveur qui a marqué profondément mon passage au magazine.

Oui, c’est la ferveur qui a fait son chemin dans mon esprit – j’allais écrire dans mon âme – durant mes premiers mois d’apprentissage et qui, petit à petit, m’a permis de faire acte de foi, coude à coude avec cette équipe dont je n’oublierai jamais l’audace, la détermination et l’enthousiasme. Elle m’a donné vie et dessiné mon destin.

Dans les années 1970, les femmes se fondent le plus souvent dans des mouvements mixtes et se montrent très réticentes à l’idée de prendre la défense de leurs intérêts. Curieusement, les lois qui, par exemple, ont mis fin à l’incapacité juridique des femmes mariées et interdit toute forme de discrimination basée sur le sexe devancent les mentalités. Ces dernières ont du mal à changer et les Québécoises en quête d’autonomie, de dignité, de redéfinition de la cellule familiale ainsi que du droit à l’éducation et au travail ne clament pas encore très haut leurs revendications. Mais elles sont prêtes à les entendre quand elles émergent de sources qui leur sont directement accessibles.

Voilà les raisons de ma conversion. Voilà pourquoi Châtelaine – qui à ce moment-là tirait à 300 000 exemplaires –, devait, selon nous, devenir leur porte-parole, voire leur source d’inspiration. Nous avions entre les mains un formidable instrument de travail et la liberté pleine et entière de le mettre au service de nos lectrices.

Bien sûr, il nous fallait choisir. Les dossiers étaient innombrables et notre appétit, insatiable. Nous avons accordé la priorité à deux d’entre eux : la réappropriation du pouvoir sur le corps et l’indépendance économique. Le premier visait la vie des femmes de l’intérieur, le second les projetait vers l’extérieur. C’était dire : mesurons nos véritables besoins, définissons-les, défendons-les, obtenons-les. Durant ces quelque 10 années, l’accouchement dit naturel, l’allaitement, l’accès aux services des sages-femmes, la santé, le droit à une sexualité épanouie mettant en lumière la notion de désir et le droit au plaisir, toutes ces questions et tant d’autres ont fait l’objet d’innombrables articles, de reportages en profondeur et de témoignages. Quant à l’indépendance économique, elle a ouvert la voie à des sujets touchant l’éducation, l’organisation d’une société nouvelle tenant enfin compte de la contribution des femmes, la création de garderies, les allocations pour les mères à domicile, l’instruction gratuite, la parité des salaires… Que dire encore? Mission accomplie? Ce serait faire preuve de beaucoup de prétention que de l’affirmer, mais une chose est sûre : nous avons travaillé avec passion au bien-être des femmes de ma génération, nous avons tout voulu pour elles, le possible et l’impossible, et nous y avons cru. Profondément. Pour ma part, je fais aujourd’hui le constat d’importants acquis, celui de certaines pertes aussi et, dois-je l’avouer, ces dernières me rendent parfois nostalgique de notre ferveur passée…

 

Francine Montpetit a été rédactrice en chef de Châtelaine de 1973 à 1985, année où elle a été reçue chevalière de l’Ordre national du Québec.

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